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La méthode QQOQCCP : le couteau suisse du questionnement

Brève définition

La méthode QQOQCCP pour QUI ? QUOI ? OÙ ? QUAND ? COMMENT ? COMBIEN ? POURQUOI ? désigne une technique d’analyse contextuelle, de questionnement méthodique et exhaustif des caractéristiques fondamentales d’une situation. Elle permet, en outre, de mesurer le niveau des connaissances et de maîtrise dont on dispose.

Quelques repères chronologiques

L’origine latine de ce qui fut un moyen mnémotechnique – « Quis, Quid, Ubi, Quibus auxiliis, Cur, Quomodo, Quando » – , pour les savants scolastiques dans le sillage d’Aristote (~385 – ~322 av. J.-C) pour relever et mémoriser les particularités d’un acte, est largement admise et avérée. Depuis plus de 23 siècles, ces particularités de l’acte – et c’est en cela, notamment, que cette méthode mérite toute notre attention – permettent de qualifier la responsabilité morale de son auteur.

Au Ier siècle av. J.-C, Hermagoras de Temnos, rhéteur grec, renforce et précise les « circonstances » de l’acte – quem ad modum, quibus adminiculis. Pour simplifier, on pourrait parler ici des modalités de l’acte et des interactions.

On retrouve l’usage des « circonstances » et l’application de cette méthode de questionnement rigoureuse au début du VIe siècle lorsque Boèce l’introduit dans l’instruction criminelle.

Plus près de nous, cette heuristique ressurgit avec force, au début dans XXe siècle, dans le monde journalistique : la règle des 5 W – « What, Why, Who, When, Where ». Elle s’impose comme une procédure de rédaction intemporelle. On enseigne, par exemple dans les plus prestigieuses écoles de journalisme qu’il convient d’inclure les Five W’s dans le premier paragraphe d’une dépêche. Aujourd’hui, elle sert fréquemment de fil conducteur, de structure aux blogueurs·euses … mais ne (nous) protège pas contre les «infox». Peut-être aurais-je pu oser le terme «fake news», dans ce contexte 😉.

De nombreux domaines d’application

Comme nous l’avons évoqué au début de l’article, l’utilisation de cet outil permet d’envisager un sujet, d’aborder une problématique de façon exhaustive, en ne négligeant aucun aspect, en éclairant toutes ses facettes.

En pratique et pour que la méthode déploie pleinement ses effets, nous vous invitons à :

  • Poser seulement les questions pertinentes pour la situation présente. Dit autrement, dans certaines circonstances, vous appliquerez la méthode QQOQP ou QQOQCP ;
  • Faire ressortir les points les plus significatifs des réponses collectées en fonction de la phase de travail dans laquelle vous vous trouvez  (voir ci-dessous) ;
  • Mettre en place les actions pertinentes ;
  • … et, comme dans toute procédure de gestion de la qualité, utiliser la roue de Deming

En fait, comme nous l’allons voir, le QQOQCCP peut s’appliquer dans un nombre quasi illimité de situations. Afin d’en souligner l’adaptabilité, l’efficience et les potentialités, nous avons opté pour une énumération faussement aléatoire :

  • Cerner un problème
  • Préparer un compte rendu de réunion
  • Réaliser une étude de marché
  • Définir un processus
  • Déployer un 5 S
  • Élaborer un diagnostic
  • Rédiger une procédure
  • Baliser un remue-méninges (brainstorming)
  • Mettre en place une démarche qualité
  • Solutionner une problématique
  • Élaborer une stratégie
  • Fournir les lignes directrices d’un plan d’action
  • Structurer une carte heuristique (mind map)
  • Résoudre un conflit
  • Ajuster une technique de vente
  • Gérer une équipe
  • Etc. etc.

Cette rigueur méthodique de questionnement peut, bien naturellement être appliquée dans des contextes extra-professionnels : Qu’il s’agisse de préparer le stand de votre club pour la fête du village ou d’organiser un week-end prolongé avec des ami·e·s, cela vaut la peine d’avoir votre « couteau suisse » à portée de main.

Explications détaillées des QQOQCCP

Avant d’expliciter et/ou d’exemplifier les questions de la méthode, nous nous devons de rappeler la nécessité de contextualiser vos questions. Dit autrement, l’interprétation des réponses obtenues aux 7 questions sera nuancée selon que vous êtes dans une logique et/ou une phase de cadrage, d’analyse, de résolution ou d’action.

* Bien que l’adverbe interrogatif constitue la question originelle, il nous est apparu intéressant de le scinder : cette démarche permet de déplacer la focale des causes aux finalités.

Avantages et limites

La méthode que nous venons de voir est simple tant dans son implémentation que dans son utilisation concrète. Elle incite à un questionnement large et constructif ; et permet d’identifier tous les aspects, toutes les dimensions d’une activité harmonieuse et/ou d’un dysfonctionnement. Le décideur est en mesure de collecter nombre d’informations factuelles qui caractérisent et définissent chaque particularité de l’acte et « des circonstances », au sens où nous les avons mentionnés dans les repères chronologiques. Elle lui procure, par là même, les clés pour définir les actions prioritaires à mener pour consolider les acquis ou résoudre le problème.

Parfois, nous sommes prompts à dénoncer les limites, voire l’inefficacité d’un outil ou d’une méthode. Ne serait-il pas, fréquemment, plus judicieux de questionner la dextérité de l’opérateur ? Aussi, allons-nous parler plutôt de points de vigilance que de limites, pour conclure cet article.

Le premier, selon nous, porte sur les modalités d’investigation. Pour le dire brièvement, tout questionnement direct relatif aux « pratiques professionnelles » peut être perçu comme indiscret, intrusif, voire plus ou moins violent. En outre, il convient d’être conscient de ce que l’on appelle le paradoxe de l’observateur afin d’en réduire les biais. Par conséquent, prêter un soin particulier à la formulation des questions et procéder avec tact et doigté constituent des préalables incontournables.

Le second, plus formel peut-être, concerne la collecte de témoignages, de preuves, le recueil de données riches, les plus neutres ou objectives et les plus précises possible. Ces démarches peuvent prendre du temps ; toute précipitation risque fort de s’avérer contreproductive. Enfin, au risque de vous paraître extrêmement directif, nous vous exhortons à ne pas tenter de tirer quelque conclusion que ce soit avant d’avoir accès à tous les résultats des questionnements et investigations : le risque de dérive interprétative serait considérable.

Dès lors que l’efficience désigne, pour un individu ou un système, le rapport entre les résultats obtenus et les ressources utilisées pour atteindre ces résultats ;

Attendu que l’efficience doit être la priorité partout où s’engage l’humain ;

Pour la bonne raison que la méthode QQOQCCP est simple et efficiente ;

Pourquoi attendre avant de la mettre en œuvre ?

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